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La Paroisse
Homélie du 6ème dimanche du temps ordinaire
Homélie du 6ème dimanche du temps ordinaire

| Jean-Marc Lavigne

Homélie du 6ème dimanche du temps ordinaire

SIXIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE  B

 

          La lèpre dans la Bible était le plus terrible fléau et le plus mystérieux. Le livre des Lévites (première lecture) lui consacre deux chapitres entiers.

On était alors préoccupé de détecter les symptômes, non pas pour soigner le mal, ce dont ils étaient bien incapables à l’époque, mais pour exclure le malade de la communauté dont il mettait en danger la santé et la sainteté. Plus qu’une maladie, la lèpre est une impureté, un châtiment divin.

Terrible était la condition du lépreux dans l’antiquité. Déclaré impur, il se retire à l’écart pour se lamenter sur lui-même, comme on pleure sur un mort. Il est exclu de toute relation humaine et de toute consolation religieuse.

Il faudra l’arrivée de Jésus pour voir traiter le lépreux comme un frère aimé.

 

Et même davantage ! Car Jésus se fera l’un d’eux, en quelques sortes. Voyez comment le prophète Isaïe décrivait le futur Messie : « …méprisé, abandonné de tous, homme des douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne… frappé de Dieu et humilié. » Jésus sera ce lépreux rejeté, poussé hors de Jérusalem, comme un bouc émissaire qu’on veut voir fuir, il portera sa croix jusqu’à cette colline du Golgotha où on crucifiait tous les hors la loi.

 

Contemplons le récit que nous offre l’évangile. Devant ce malheureux, qui enfreint les prescriptions légales pour s’approcher, l’évangile saint Marc note chez Jésus un regard de compassion. Quelle puissance d’accueil chez lui ! Rien ne le rebute, rien ne le dégoûte, rien ne l’effraie.

 

Parenthèse : nous sommes bien loin des gestes barrières, des cas contacts, de l’isolement, des quatorzaines, du distanciel. Mais le contexte n’est pas le même, il est vrai.

Cela dit, nous devons et devrons mettre en place une nouvelle présence aux autres dans cette période si bouleversée. Alors imagination sans modération ! Je ferme la parenthèse.

 

Si Dieu en Jésus s’est enfoui dans la pâte humaine, s’il est devenu totalement semblable à nous, s’il s’est fait proche de la chair putréfiée et du cœur corrompu, c’est pour les irradier de sa sainteté, pout les purifier de sa pureté.

 

Jésus ose davantage encore. Il a ce geste scandaleux de toucher de sa main l’intouchable. Et il lui dit : « Je le veux, sois purifié ».

Derrière la simplicité de ces mots sachons deviner la beauté de l’Incarnation du Fils de Dieu, l’Humanité de Jésus porteuse de vie divine.

          Non seulement Jésus n’est pas contaminé par la lèpre mais c’est lui qui contamine le lépreux. L’humanité de Jésus est porteuse de vie divine. Elle est instrument du salut. Sa sainteté agit dans toute la race humaine. En touchant le lépreux, il met sa chair saine en contact avec la chair gangrénée de l’homme rejeté.

Du coup, l’humanité est contaminée par la vie de Dieu, par la santé et la sainteté de Dieu. La contagion est inversée. Elle a joué dans le sens contraire.

Quand l’amour n’est entravé par rien ni personne, c’est lui qui devient contagieux : quelle bonne nouvelle pour nous aujourd’hui !

 

Jésus est lui-même le Grand Sacrement de la rencontre de Dieu et de l’homme, dont tous les autres sacrements tirent leur efficacité.

Il parle et il touche : on pense à, la main de Dieu, dans la fresque de Michel-Ange au plafond de la Chapelle Sixtine, cette main qui communique à celle de l’homme l’étincelle de la vie.

 

Par les sacrements de l’Eglise, paroles et gestes, Jésus nous guérit. Son humanité sainte nous touche, nous atteint physiquement.

Ainsi, pour le baptême, nous sommes plongés dans l’eau ; à l’Eucharistie, nous mangeons le pain de Vie… tandis qu’une parole accompagne ces gestes corporels : « Je te baptise au nom du Père, du Fils, de l’Esprit » ; « Prenez et mangez-en tous, ceci est mon corps ».

 

          La page d’évangile de ce dimanche nous renvoie aussi à nos responsabilités de citoyens et de croyant aujourd’hui.

 

          Ainsi, qui sont les lépreux du XXIe siècle ?

- Ceux qui vivent dans les bidons-villes à travers le monde et chez-nous
- Les sans travail et les sans-abri
- Les ex-prisonniers qui ne peuvent reprendre leur place dans la société
- Les gens sous l’emprise de la drogue, de l’alcool, des jeux de hasard, de la pornographie
- Les gens qu’on enferme dans des prisons secrètes et des prisons d’État, où la torture est à l’ordre du jour

- Les chrétiens persécutés dans le monde et qui nous demandent de prier pour eux
- Les personnes âgées qui attendent la mort dans l’isolement et l’abandon
- Les vagues d’immigrants qui arrivent par milliers.

- Des jeunes qui au sortir de l’école se retrouvent sans travail,

- Des personnes qui n’ont pas notre culture, notre langue, notre religion, notre genre de vie, etc…

Les fréquentons-nous ? ou les fuyons-nous comme la peste ?

Quel regard portons-nous sur elles et sur eux ?

Les aimons-nous comme des frères et des sœurs ?

 

Être en contact avec ceux et celles qui souffrent est essentiel à notre vie et à notre engagement chrétien… mais aussi à la vie et aux engagements de tant d’autres seuls ou en associations auprès des souffrants.

 

François d’Assise doit sa conversion, en grande partie, à une rencontre avec un lépreux. C’est le texte de l’évangile d’aujourd’hui qui l’a fait sortir de sa médiocrité et a provoqué un changement radical dans sa vie. Il écrit dans son Testament : « La vue des lépreux m’était insupportable, mais quand je me sentis intérieurement porté à embrasser l’un d’eux, tout a basculé, tout a changé ». Saint François est converti par un baiser. Il est littéralement retourné, transformé, il voit les gens et la vie d’une autre façon.

 

J’espère que nous aussi, nous avons fait un jour une rencontre humaine déterminante qui a donné une orientation à notre vie, comme un réveil ; et si ce n’est encore arrivé, j’espère que nous serons disponibles pour nous laisser bousculer.

 

          Le Royaume de Dieu progresse quand l’exclusion régresse.  

AMEN

 

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Saint François d'Assise et le lépreux qu'il embrasse et guérit. Début de la conversion du saint. ©
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