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La Paroisse
Festivités et charité © JE

| Jacques Eguimendya

Festivités et charité

"une cavalcade festive permettant de collecter des dons auprès des spectateurs au profit de...."

En ce dimanche de Pâque 1885, Hendaye a revêtu sa tenue de gala. A la sortie de la messe, les fidèles se rependent dans les rues et la place décorées. Ils se joignent aux nombreux visiteurs venus pour l’occasion. Cafés et restaurant sont pris d’assaut. Ils sont vites inabordables.

Les nombreuses personnes d’Irun, selon « El Bidasoa » la majorité de la population, faute d’avoir retenu une place dans un cabriolet passant par Béhobie, doivent affronter la boue, les Carabineros et les Gendarmes et une longue file d’attente avant de s’insérer dans la noria des passeurs du point de Santiago. Tout ceci est accueilli avec satisfaction après les longs mois d’interdiction du passage par la Bidassoa pour des raisons sanitaires relatives au choléra. Il en est de même entre Hondarribia et le port de Hendaye.

De plus, Hendaye accueille pour l’occasion de nombreux visiteurs venus d’Urrugne, Biriatou et Saint-Jean-de-Luz. On dit même que des Biarrots et Bayonnais sont là. Il est vrai que dans ce sens les communications sont plus faciles. Train, diligences et chevaux sont mis à contribution.

Tous veulent assister à la grande cavalcade promise.

La cause d’un tel engouement, ne peut être une simple cavalcade. Est-ce la fête de Pâque, le renouveau de Hendaye, l’éloignement du cholera qui pourtant continu à rôder ? Non c’est la charité, la compassion, envers les militaires français et les Andalous.

D’un côté le Tonkin, cette région du nord du Vietnam actuel, où Jules Ferry, dans une décision colonialiste irréfléchie dont les Européens de cette époque avaient le secret, a envoyé inconsidérément 10 000 hommes en mission de pacification dans des conditions particulièrement difficiles.  Il est vrai que de nombreux courants d’opinion le poussent en ce sens. Pour les milieux économiques, le charbon est une motivation. Pour l’Eglise Catholique il faut protéger les Chrétiens d’Asie. En conclusion, comme le montre les nombreuses lettres d’officiers et de soldats, les troupes sur le terrain souffrent surtout du manque de nourriture. Le peuple fait corps avec ses soldats, d’autant plus qu’il comprend mal les jeux politiques qui ont fait tomber Jules Ferry et empêchent la formation d’un gouvernement autour de Freycinet.

D’un autre côté, l’Andalousie vient d’être frappée, le jour de Noël 1884, par un puissant tremblement de terre et ses répliques. Les provinces de Sevilla, Malaga et Almeria sont terrorisées. Plus de 3000 familles sont sans abri. Dans la seule ville d’Albaquero, 200 cadavres sont ensevelis sous les décombres. Quant à Alhama, où la ville haute s’est effondrée sur la               ville basse, toutes les églises sont détruites, les maisons inutilisables. Le Saint-Sacrement est installé dans une voiture. « Les agonisants reçoivent l’Extrême-onction au milieu des ruines. Les enfants sont baptisés en plein air » (Le monde Illustré du 17 janvier 1885). Le roi Alphonse XII, en visite, doit passer la nuit sous la tente.

Le Pays Basque n’est pas insensible. Les villes de Bayonne et Biarritz ont voté des aides financières. Hendaye, dont le budget est particulièrement serré, imagine une cavalcade festive permettant de collecter des dons auprès des spectateurs au profit des soldats du Tonkin et des sinistrés d’Andalousie. Le même jour, pour les mêmes causes, la presse nationale organise à l’Hôtel de ville de Paris un luxueux dîner de gala. A Hendaye, le succès est au rendez-vous.

A 16h, le cortège entre dans la ville haute par le pont du chemin de fer, conduit par deux cavaliers antiques et leurs étendards imaginaires. Suivent des groupes de jeunes, chacun ayant adopté des tenues des différents continents à conquérir et évangéliser (selon l’idéologie de l’époque). Ainsi se succèdent des Indiens, des Chinois, des africains. Plus loin, on reconnait dans le cortège des gardes et leurs hallebardes ainsi que Don Quichote et Sancho Panza. Les chars, allégoriques, sont dans la continuité, l’un conduit par trois jeunes filles habillées à la mode des trois républiques françaises, l’autre surmonté d’une chaloupe occupée par quatre jeunes ; l’un revêtant l’uniforme d’officier allusion à Garnier héros malheureux du Tonkin, les autres déguisés en riche Mexicain, Mandarin et bourgeois. Un landau transporte deux enfants, Justita Echeandia et Luis Molina, habillés avec des tenues andalouses. Derrière se succèdent l’Estudiantina d’Irun et des groupes de jeunes vêtus de diverses tenues. La collecte a induit 1042 pesetas pour l’Andalousie

Jacques Eguimendya

Président Passion Txingudi     

 

Sources : El Bidasoa n°302 du 12 avril 1885

                  La Dépêche du 31 décembre 1884,

                  Le Petit Parisien du 4 au 10 avril 1885

                 Le Monde Illustré du 17 et 24 janvier 1885 et 4, 11 et 18 avril 1885

                 La Charente du 5 avril 1885

                 Le Grand Almanach de la Famille Chrétienne 1885

Illustrations tirées du Monde Illustré dans Gallica

Le_Monde_illustré__11 avril 1885 Mise en batterie artillerie (Paint).jpg
©
Le_Monde_illustré_24 janv 1885 Ruines d'Alhama (Paint).jpg
© Ruines d'Alhama

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