« Aigle ou poulet ? »
Si l’oiseau est au comble du bonheur quand il a bien mangé, pour l’homme, être repu de nourriture ne suffit pas à le rendre heureux, car ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre.
S’il est juste de donner à ceux qui ont faim et qui sont nus, nourriture et vêtements, ce n’est pas encore rendre justice à leur humanité si nous ne leur annonçons pas le Royaume de Dieu et sa justice.
Nous, chrétiens, estimons bien souvent avoir fait notre devoir quand nous avons aidé matériellement, financièrement ou professionnellement une personne à s’en sortir.
Et pourtant notre plus grande richesse, nous ne l’avons pas encore donnée.
Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus Christ, la source de toute paternité et de toute générosité, voilà notre trésor ! Jésus, aussi étonnant que cela puisse paraître, n’a pas vu en Zachée, Matthieu, Marie-Madeleine, des riches qui avaient tout, mais plutôt des pauvres à qui il manquait l’essentiel. Si le monde apprécie l’Eglise pour son œuvre sociale, caritative, il faut toujours lui rappeler ce qui est à l’origine comme au terme de notre action : Dieu.
Ne tombons pas dans la tentation qui fut celle de Jésus au désert, mais comme lui, répondons au démon : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». ( Mt. 4, 3 )
Nous appuyant sur cette parole, proclamons l’évangile de la résurrection comme une œuvre de charité puisqu’elle est une bonne nouvelle pour tous les hommes.
On nous dit que l’humanité meurt de faim, disons plutôt qu’elle meurt de ne pas croire en Dieu. Car si l’humanité était remplie de ce Dieu qui est amour, elle n’aurait plus faim.
Ce n’est pas la nourriture qui manque, ce ne sont pas les moyens pour cultiver ou pour transporter qui manquent, c’est l’amour qui manque à notre monde.
Le temps du carême nous invite à être comme un jardinier plein d’amour, qui ose semer avec Jésus, la joie de la rencontre. Rencontre qui élargit notre existence, notre humanité, vers un regard surnaturel sur notre vie.
Souvent notre société, y compris dans ses actions caritatives, nous propose d’être de bons poulets bien gras, nourris au grain, qui s’agitent et s’affolent à l’approche du fermier qui vient les plumer. Jésus, lui, nous veut des aigles qui étendent avec confiance leurs ailes pour s’envoler, portés par le courant, dans le silence des espaces divins. Ne nous contentons pas d’une vie au ras des pâquerettes, alors que nous sommes promis à la vie d’en haut.
Nous sommes des aigles, pas des poulets ! Alors au souffle de l’Esprit, volons maintenant !
P. Rémi GALVAN