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Paroles du curé
Homélies de la Toussaint et du jour des fidèles défunts

| Jean-Marc Lavigne

Homélies de la Toussaint et du jour des fidèles défunts

" La sainteté, c’est une question de bonheur et il nous faut, aujourd’hui, sauver le vrai bonheur. La sainteté, finalement, c’est l’avenir de l’homme."

TOUSSAINT 2019

         Nous voici parvenus à la fête de Toussaint. Nous avons peut-être du mal à en faire une fête joyeuse. 

         Toutes ces visites aux cimetières réveillent en nous de douloureux souvenirs. En ce jour, beaucoup se sont mis en route vers la terre de leur famille pour se souvenir de ceux qui nous ont précédés. Toutes ces fleurs que nous avons déposées sur les tombes de nos défunts veulent témoigner de l’affection que nous leur portons.

         C’est vrai, nous ne pouvons pas faire moins un jour de Toussaint. Mais nous pouvons faire beaucoup mieux. Cette journée est bien plus que celle du souvenir. C’est surtout la fête de l’avenir. 

         La sainteté c’est en effet l’avenir proposé par Dieu à tous les hommes. Nous sommes tous appelés à devenir des saints. 

         Le problème c’est que, trop souvent, nous parlons bien mal de la sainteté ; nous nous en faisons une fausse image. Nous imaginons les saints comme des êtres lointains, bien au-dessus de nous, qui ont accompli des performances extraordinaires à coups de renoncements et de sacrifices exceptionnels.

         La première chose que nous ne devons jamais oublier, c’est que Dieu seul est saint. La première lecture nous dit que c’est lui qui marque et qui rassemble le peuple élu. C’est lui qui offre à tous, le véritable bonheur.

         Tous ces hommes et ces femmes qui ont été reconnus saints, étaient des gens comme nous. Ils ont connu comme nous les limites de la nature humaine. Mais ils se sont livrés tout entiers, avec leurs qualités, leurs défauts et leurs passions au dynamisme de Dieu et à son amour passionné. 

Tous ces morts que nous pensions emportés dans  la tourmente sont avec Jésus dans le bonheur de son Royaume. Ils ont obtenu la récompense de leur amour et de leur fidélité. 

Ce message est important pour notre époque troublée et bouleversée. Accueillons-le comme un appel à réchauffer notre espérance.

         Les chrétiens d’aujourd’hui comme ceux d’autrefois ont besoin de héros et de modèles. N’oublions jamais qu’avant d’être mis sur un piédestal, les saints ont cheminé comme chacun de nous. Leur vie a été un combat contre les forces du mal. 

           Ce que Dieu a réalisé pour chacun d’eux, il le veut aussi pour nous. Aujourd’hui, plus que jamais, l’appel à la sainteté retentit dans notre monde comme la forte espérance capable de briser les carcans et les blindages de la haine et de la guerre.

La sainteté, c’est une question de bonheur et il nous faut, aujourd’hui, sauver le vrai bonheur.

La sainteté, finalement, c’est l’avenir de l’homme.

          Pour parvenir à la sainteté, et nous engager pour le vrai bonheur de l’homme, de la femme, de l’enfant, du vieillard, Jésus nous montrer le chemin ; c’est l’évangile qui vient d’être lu.

         « Heureux les pauvres de cœur ! » Ne nous y trompons pas. Cette pauvreté dont parle Jésus n’est pas la misère. La pauvreté est toujours un fléau contre lequel il nous faut lutter en lien avec les organismes de solidarité. L’hiver qui arrive est là pour nous le rappeler. Le bonheur des pauvres de cœur dont parle Jésus, c’est tout autre chose. Et il ne concerne pas que la vie future ; il est surtout pour la vie présente : Jésus promet le bonheur immédiat à ceux qui ne sont pas pleins d’eux-mêmes mais qui sont aptes à accueillir le Royaume de Dieu. Ici la pauvreté est avant tout une disposition du cœur.

         Pour comprendre toute la portée de ces béatitudes, c’est vers le Christ que nous devons nous tourner. Il est le pauvre de cœur qui attend tout de Dieu et qui choisit de lui être fidèle jusqu’au bout. Il est le doux, celui qui relève la femme adultère sans brusquer ses accusateurs. Il ne cherche pas à mettre les coupables dans l’embarras ; et surtout il se réjouit quand il rencontre des gens de bonne volonté (Zachée qui s’est engagé à rembourser ses victimes et à partager avec les pauvres). Il est le miséricordieux qui se penche vers les misères physiques et morales et qui cherche à les apaiser. Il est l’artisan de paix qui invite sans cesse à pardonner et qui a donné l’exemple sur la croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Quant à être persécuté, il suffit de lire la Passion pour s’en rendre compte. Lui le Fils de Dieu a été condamné au nom même de Dieu.

         Ces béatitudes de l’évangile sont avant tout un portrait de Jésus lui-même. Elles nous montrent le chemin pour parvenir au vrai bonheur. Accueillons-les comme un appel à nous laisser modeler par lui à son image. 

         Alors, tous ensembles, nous dessinerons son portrait. Comme un vitrail, nous refléterons sa lumière pour que tous les hommes nos frères puissent être attirés par Lui.

La Toussaint nous annonce la destinée glorieuse de tous les membres du Peuple de Dieu, non pas les purs mais les pécheurs sauvés, les pécheurs que Dieu veut combler de sa sainteté à lui. 

         En union avec la foule immense de tous les saints du ciel et avec tous les chrétiens du monde entier, soyons dans la joie et l’action de grâce au Seigneur. 

         Et nous lui demandons qu’il nous donne force et courage pour faire de notre vie une marche vers lui, vers ce Royaume qu’il a préparé pour tous ceux et celles qui acceptent de le suivre.

                                                                     Amen

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© Pourquoi prions-nous pour les morts, comme vous qui avez demandé pour vos chers disparus une célébration à l’église ? "

TOUS LES DÉFUNTS 2019

En ces premiers jours du mois de novembre, l’Église célèbre, nous célébrons, dans deux fêtes conjointes, les saints hier et les défunts aujourd’hui. 

Nous sommes invités, dans le même mouvement, à rendre grâce à Dieu pour les innombrables saints et saintes qu’il nous a donnés… et à le prier pour la masse, innombrable elle aussi, des défunts que, nous le savons, Dieu n’oublie pas. 

Nous croyons que les premiers ont achevé le parcours qui les a conduits à la rencontre définitive avec Dieu… et que les seconds sont encore en route, au-delà de la mort et d’une façon qui nous reste mystérieuse.

Je vais vous parler ce soir de la prière pour les morts.

Pourquoi prions-nous pour les morts, comme  vous qui avez demandé pour vos chers disparus une célébration à l’église : vous êtes 116 familles à l’avoir fait cette année ; comme lorsque vous demandez des messes pour elle, pour lui ; comme lorsque vous priez seuls ou en famille en pensant à celui ou celle qui est parti ?

Tout d’abord, parce que nous sommes humains, bien sûr ! Il est important de le reconnaître, la prière pour les morts nous aide psychologiquement à porter le deuil et sa peine. Elle entretient dans notre mémoire un lien avec ceux qui ne sont plus là. Elle est la preuve que nous pouvons continuer à les aimer. La prière pour les morts répare nos négligences et nos indifférences… et en même temps elle leur pardonne leurs manquements.

La prière pour les morts est quasi universelle, quelles que soient les cultures. Les humains, depuis toujours, se soucient du sort des morts. Les religions sont l’expression des réponses diverses apportées à cette question fondamentale.

La prière chrétienne reprend les éléments de la prière « humaine » mais elle les oriente vers le Dieu Trinité qu’elle confesse. La tradition de l’Église nous enseigne que la mort, si elle est la fin biologique du corps, n’atteint pas cette partie spirituelle de notre être que nous appelons habituellement l’âme. On pourrait même dire que la mort porte à son achèvement notre histoire humaine sur cette terre ; en même temps qu’elle ouvre à notre âme des capacités nouvelles de rencontrer Dieu.  

Les morts sont en présence de Dieu : ils ont à assumer leur passé, négatif mais aussi positif, avec la lucidité et l’énergie spirituelle que Dieu leur communique. Et nous-mêmes, nous pouvons les confier, par notre prière, à l’amour miséricordieux de Dieu, Dieu d’amour et de pardon.

Il y a bien des façons de prier pour les défunts :

Beaucoup prient le chapelet car dans le Je vous salue Marie on demande la Vierge Marie de « prier(z) pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort ».

Ceux et celles qui prient avec la liturgie des Heures ou le bréviaire sont invités à prier tous les jours pour les défunts. 

La prière devant le Christ en croix, la contemplation de son amour livré jusqu’à l’extrême nous introduit au mystère de notre propre mort et de la mort de tout homme.

Enfin, chaque eucharistie comporte une prière pour nos frères défunts au moment de la grande offrande qui nous fait présenter à Dieu, avec son Fils, tout ce qui fait nos existences pour qu’elles soient sanctifiées dans le don de sa vie.

Mais on peut dire qu’il y a une grande part de la prière pour les morts qui garde un caractère très personnel, souvent discret voire secret et cela fait partie de sa richesse : prières accomplies sur les tombes de nos proches défunts, ou au fond de nos maisons devant leur photo, ou la nuit quand leur souvenir devient plus présent, ou le jour anniversaire de leur décès ou de leur naissance.

Nous prions aussi pour les hommes, les femmes et les enfants lointains, victimes des guerres et de la violence ou des cataclysmes naturels. Prier, c’est ainsi exposer à Dieu, dans la confiance et avec nos propres mots, ce que nous désirons pour les défunts. Et c’est en même temps nous exposer à ce déplacement qui nous fait passer du doute à la foi, de la dalle froide du tombeau à l’espérance bienheureuse de la vie éternelle. 

Vous me permettrez de vous mettre en garde au sujet de certains points que voici :

Tout en comprenant l’inquiétude face à la mort, le christianisme refuse tout ce qui est recherche illusoire de communication avec les morts, comme la nécromancie ou le spiritisme. Il nous rappelle aussi que les vivants n’ont pas de pouvoir direct sur les morts et que leur prière passe par le Christ.

Ainsi, la prière pour les morts nous introduit plus profondément dans ce que l’on appelle la communion des saints. Elle nous fait entrer dans la mystérieuse solidarité qui unit les vivants et les morts ; et aussi dans l’espérance de la résurrection des corps à venir pour les défunts et pour nous-mêmes. 

Enfin, si elle est vraiment chrétienne, la prière pour les morts ne peut pas nous détourner des liens que la vie nous conduit à tisser avec les vivants chaque jour. Ainsi nous devons repartir de l’avant, avec courage, et prendre une part active à la construction d’un monde plus solidaire ici-bas.

Prier pour nos défunts, pour tous les défunts, connus et inconnus, est à la fois notre force et notre devoir. Prier ainsi c’est appliquer sur nos souffrances et la souffrance des autres le baume de la paix et de l’espérance.

                                                           Amen

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