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La Paroisse
Homélie du 18ème dimanche du temps ordinaire
Homélie du 18ème dimanche du temps ordinaire

| Jean-Marc Lavigne

Homélie du 18ème dimanche du temps ordinaire

"Donnez-leur vous mêmes à manger !"

18ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE   A

 

          « Une pierre, deux coups ! »

          Premier coup de maître : le Seigneur Jésus fait un miracle, il nourrit plus de 5 000 hommes dans un endroit désert. Car il prend soin de son peuple ; il le nourrit gratuitement. En lui et par lui, c’est tout l’amour du Père qui se donne.

Deuxième coup de maître : le Seigneur Jésus, par cette multiplication des pains, enseigne à ses apôtres quelle doit être leur mission.

Le souci des foules, la pitié pour les brebis sans berger, l'attention à tous les besoins de l'humanité : tous ces sentiments qui dictaient la conduite journalière de Jésus devaient passer désormais dans le cœur de ses apôtres : "Donnez-leur vous-mêmes à manger".

 

          Puis les apôtres ont été chargés de fonder l’Eglise sur la vie et le message du Christ.

Dans ces premiers temps de l’Église, les chrétiens issus du monde juif, à qui s’adressait l’évangéliste Matthieu, avaient besoin d’un nouvel enseignement qui leur révéleraient leur mission.

 

En lisant le texte d’évangile comme nous aujourd’hui, ils découvraient l’art d’être chrétien... Jésus n’est plus là. Que faire alors ? Se disperser ? Se replier au chaud dans le petit groupe religieux nouvellement créée ? Se transformer en groupe ésotérique qui finira par s’éteindre ? Se contenter d’adorer une effigie, un souvenir ? Se plaindre ? Demander u Christ qu’il continue, de là-haut, à administrer ?

 

          La réponse de Jésus est simple, lapidaire même, toujours la même : « donnez-leur vous-même à manger ».

          Comme s’il leur disait : c’est à vous de faire mon travail désormais : vous êtes mes bras, mes jambes, mes yeux.

 

          Les premiers chrétiens ont comme obligation de se déployer, de rendre réel le miracle annoncé depuis Elie, de la distribution de nourriture pour des foules immenses.  

          Relayé par le prophète Isaïe, première lecture : « même si vous n’avez pas d’argent… venez consommer… vous mangerez de bonnes choses ».

 

Au-delà de la faim matérielle des hommes, que les Apôtres ne pourront jamais oublier, (puisque le récit de la multiplication des pains est décrit six fois dans les évangiles), Jésus vise une faim plus radicale encore, qu'il est seul à pouvoir combler : la faim de la Parole de Dieu, de cette parole qui ouvre l'avenir et qui met debout ceux qui l'entendent.

Ce sont les apôtres qui distribuent un évangile nourrissant, à un monde qui ne l’attendait pas.

 

Les apôtres devront nourrir le peuple de Dieu avec le pain même de Jésus, le pain de sa révélation et le pain de l’eucharistie.

Les gestes de Jésus lors de la multiplication des pains sont les gestes que Jésus refera le soir du Jeudi-Saint : « Jésus prit du pain, le bénit, le rompit, et le donna à ses disciples. »

 

          Cet enseignement du Christ concerne notre mission de chrétien aujourd’hui. Il s'adresse aussi à notre responsabilité civile et sociale.

 

          Dans la vie de tous les jours, quand nous accueillons l’autre, nous ne sommes plus les mêmes. Quand nous sommes attentifs à ce dont les autres ont faim, nous nous transformons à l’image du Christ.

 

          L’engagement chrétien ne consiste pas à faire vivre un club replié sur lui, mais à se déployer dans le service des autres. Combien de gens, en ce moment même, ont faim ? Qui se soucie de cette faim, signe de tant d’autres misères du monde… misères construites par les mains des hommes ?

 

          Nous sommes souvent dans le désert de notre indifférence qui empêche de vouloir partager.

 

          La société dans son rythme effréné, nous laisse insatisfaits. Il nous semble que nous avons très peu et que nous manquons toujours de quelque chose.

 

          Arrêtons cette course et demandons-nous : Quel effort faisons-nous pour trouver les gestes et les mots qui soulageront les autres ? Quel choix radical sommes-nous capables de faire pour vivre une sobriété heureuse ouverte au partage ?

 

          Si nous arrêtons un peu le char emballé de notre vie, nous entendrons le Seigneur Jésus nous dire : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ? »

Il nous le dira et nous le redira jusqu’à la fin de nos jours.

 

          Cet appel a transformé des nantis en amis des pauvres ; ce sont les saints de chez nous, nos voisins, les « saints de la porte d’à côté » comme les appelle le Saint Père.

          D’autres, ont quitté de belles professions et des situations prestigieuses pour devenir prêtres, religieux, religieuses, missionnaires… face à la faim des hommes, des femmes des enfants, faim de pain et faim de Dieu…  pour leur donner eux-mêmes à manger.

 

          Notre participation à la messe du Dimanche, notre communion au Pain de vie, le corps et le sang de Jésus réellement présent ici et qui nourrit notre foi, ne fait pas de nous des rassasiés mais creuse en nous une certaine « insatisfaction spirituelle » qui à la longue fera changer nos comportements d’enfants gâtés.

 

          Cela me fait penser au moustique qui ces dernières nuits m’a agacé et m’a poussé à me lever pour le dominer à coup de serviette de bain…

          Ce petit trait d’humour pour nous dire et nous redire encore que si nous ne ressentons pas ce qui pique et agresse le monde, si nous ne sommes pas saisis de compassion comme le Christ, nous ne ferons rien pour ce monde, pour le nourrir. Cette omission sera grave.

 

          C’est comme ce Benedicite un peu provocateur qui nous fait prier ainsi : « Seigneur, donne du pain à ceux qui ont faim ; et donne faim à ceux qui ont du pain ».

 

            Le monde changera, seulement lorsque chacun de nous aura eu le courage de changer. En sachant partager notre vie, nous deviendrons plus riches.

Vivons la foi, partageons la vie.

Ceux qui ne savent pas donner ne savent pas ce qu'ils perdent...

 

          « Une pierre, deux coups », disais-je.

          C’est bien ce que le Seigneur veut produire en nous :

Un : il nous nourrit

Deux : il nous pousse à nourrir.

Et c’est tout un !

 

                                                                     Amen

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