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La Paroisse
Homélie du 13ème dimanche du temps ordinaire
Homélie du 13ème dimanche du temps ordinaire

| Jean-Marc Lavigne

Homélie du 13ème dimanche du temps ordinaire

"L'amour mutuel que Jésus nous demande va bien plus loin. Il consiste à aimer même nos ennemis. Il consiste à dépasser même les frontières religieuses. Vous vous rendez compte !"

13e dimanche dans l'année A

 

          Pour être capables d'accepter la parole extrêmement dure de Jésus, au début de ce passage d'Évangile, il nous faut, je crois, réfléchir sur la fin du texte où Jésus nous parle de l'accueil… maître mot de la liturgie de la Parole de ce dimanche.

          J'ai peur que cette capacité d'accueil ne soit en train de se perdre dans nos civilisations urbaines de l'ère post-industrielle. Individualisme, règne du " chacun pour soi ", indifférence à l'égard des autres, et même des voisins et des proches les plus immédiats font que, souvent, plutôt que d'accueillir, on se méfie et on se ferme. Il n'est pas d'immeuble collectif moderne où l'on puisse entrer sans connaître le code ou sans avoir la clé. Et ensuite, on regardera par un petit œilleton qui est celui qui sonne à la porte.

Méfiance parfois légitime peut-être, mais, en réalité, signe qu'on n'est pas disposé, même mentalement, à accueillir l'autre en toute confiance.

Et je ne vous parle pas de l’accueil des migrants sans-papiers que le pape de ne cesse de nous appeler à accueillir ; il a même ajouté aux litanies de la Vierge : « réconfort des migrants ».

           Par contre, dans la civilisation qui était celle de l'époque du Christ, comme d'ailleurs dans les civilisations actuelles d'une grande partie de l'humanité d'aujourd'hui, la pratique de l'accueil est considérée comme un devoir sacré. 

          On en a quantité d'exemples dans les littératures de l'antiquité, et particulièrement dans la Bible. Ainsi dans la première lecture de ce jour, une femme riche de la ville de Sunam propose à son mari d'aménager dans leur maison une chambre qui sera réservée au prophète Élisée chaque fois qu'il passera dans la région. La récompense de ces gestes exemplaires d'hospitalité est toujours la même : c'est le don de la vie. Ainsi Élisée promet à la Sunamite qu'elle aura bientôt un enfant ; et cela se réalisera.

Jésus lui-même aimait aller chez ses amis Lazare, Marthe et Marie, ces trois frère et sœurs chez qui il était accueilli comme un frère. Là aussi, la récompense fut le retour à la vie de Lazare après sa mort.

 

Et je crois qu'il en est de même pour nos civilisations qui risquent de mourir à force de se replier sur elles-mêmes, alors que l'hospitalité, l'accueil fraternel de l'autre, pourraient donner un regain de vie aux cultures vieillissantes qui sont les nôtres aujourd'hui.

C'est d'ailleurs une loi de la nature : s'ouvrir aux autres ne peut apporter que bienfait et surcroît de vie.

C'est une question d'amour.

 

Rappelez-vous la longue conversation de Jésus avec ses amis, autour de la table, après la Cène, le dernier repas du Jeudi-Saint. Jésus leur déclare : " Si quelqu'un m'aime, mon Père l'aimera, nous viendrons en lui et nous ferons chez lui notre demeure." Dieu veut habiter chez nous. Mais à une condition : l'aimer et observer son commandement d’amour.

Or justement, quelques instants plus tôt, Jésus leur a légué, comme un testament, son commandement nouveau : " Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. " Aimer, mais pas n'importe comment (on a toujours le mot " aimer " à la bouche, tellement vague et indéterminé qu'il ne nous engage à rien de précis). Non ! Il s'agit d'aimer comme Jésus.

 

          Alors, relisant les évangiles, je regarde les manières dont Jésus manifestait son amour. Et d'abord, la manière dont il faisait attention aux autres. Ce qui me frappe, c'est de le voir s'arrêter, écouter, compatir ; jamais il ne se dit " Qu'est-ce que j'y peux ! "

          Lui, il fait des gestes qui tous, signifient sa volonté de soulager la misère ou la souffrance, de restaurer les hommes dans toute leur dignité, de guérir non seulement les corps, mais les esprits dérangés et les âmes enténébrées, de réintégrer les exclus au sein de la communauté… tous les hommes, sans exclusives, mais peut-être, avec une priorité pour les petits.

          Il sait se mettre à leur place.

Il a su pleinement s'ouvrir aux autres et les accueillir tels qu'ils étaient ; les accueillir en son cœur, et leur donner dans son cœur les premières places.

 

          Si nous regardons comment Jésus s'est situé vis-à-vis des plus petits de ses contemporains, nous pourrons comprendre maintenant les premières paroles de ce passage d'Évangile (qui paraissent si dures) : " Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, etc. "

          Son message est que l'amour vrai doit aller au-delà des liens traditionnels de solidarité au sein d'une famille, d'une tribu, d'une nation ou d'une religion. L’amour vrai doit embrasser tout le monde, sans exception, mais avec, encore une fois, une priorité pour les faibles, les pauvres, les abandonnés.

 

          

 

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Un amour universel ? C'est facile à dire, mais difficile à réaliser. Nous avons tous, spontanément, des solidarités naturelles, entre français par exemple, ou entre basques, et à plus forte raison entre membres d'une même famille. Cela c'est naturel.

          L'amour mutuel que Jésus nous demande va bien plus loin. Il consiste à aimer même nos ennemis. Il consiste à dépasser même les frontières religieuses. Vous vous rendez compte !

 

Il est naturel qu'il y ait une réelle fraternité entre disciples du même Seigneur ; eh bien Jésus nous demande de dépasser même cette limite pour aimer tout le monde, pour ne rejeter absolument personne.

 

          Faire tomber toutes les barrières, dépasser même les limites de la famille naturelle ou du clan, transcender la forme de solidarité qu'on éprouve naturellement : voilà ce que le Christ nous demande.

 

          Le Bienheureux Charles de Foucauld qui sera déclaré saint dans quelques mois est appelé « le frère universel » ; membre de sa fraternité sacerdotale j’aime le prier avec mes frères prêtres… pour que nous devenions tous « frères universels ».

 

          Au jour du jugement, il ne nous demandera pas si nous l'avons prié ni même si nous l'avons annoncé. Il nous déclarera simplement : " J'ai eu faim, j'ai eu soif, j'étais nu, étranger, malade ou en prison. Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait. "

Tout homme est un frère, toute femme est une sœur.

 

                                                           Amen

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