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La Paroisse
Homélie de la fête du SAINT SACREMENT du CORPS et du SANG DU CHRIST
Homélie de la fête du SAINT SACREMENT du CORPS et du SANG DU CHRIST

| Jean-Marc Lavigne 992 mots

Homélie de la fête du SAINT SACREMENT du CORPS et du SANG DU CHRIST

CORPS ET SANG DU CHRIST   B

 

          Pas rigolos les textes Bibliques d’aujourd’hui…  

Il est question de sacrifice, d’immolation, d’aspersion de sang, de purification par le sang... le mot sang, par exemple, est revenu onze fois.

 

Mais en même temps, dans ces quatre lectures : livre de l’Exode, psaume 115, lettre aux Hébreux, Evangile de Marc, il a aussi été question de salut, de libération, d’action de grâce, d’alliance...

 

Comment comprendre ces apparentes contradictions dans les mots ? Que veulent nous dire ces textes bibliques, à nous, aujourd’hui ?

 

Commençons tout d’abord par lever un contre-sens : Dans toute la Bible, lorsqu’il est question de sang, il ne s’agit pas d’une allusion à la mort comme ce serait le cas aujourd’hui.

Il s’agit au contraire d’une façon de parler de la vie. Pour les Anciens, le sang est ce qui caractérise le vivant, par rapport au non-vivant, à l’inerte, au matériel. Le sang ne circule que dans des êtres vivants. Cette ambiguïté étant écartée, on peut déjà regarder les textes d’aujourd’hui sous un autre angle, avec un a priori différent.

Ainsi donc l’expression « verser son sang » ne signifie plus « mourir », ou « être tué », mais devient « donner sa vie », ce qui est considérablement différent !

          Le rite qui nous est décrit dans la première lecture est très anciens, puisqu’il était en vigueur déjà du temps de Moïse ; il date donc d’au moins 3000 ans. C’était un rite d’alliance entre deux personnes, ou entre deux clans, deux groupes humains ; un genre d’association, de contrat, où chacun faisait des concessions en vue de s’allier à l’autre partie. Et ce contrat était scellé par le sacrifice sanglant d’un animal.

 

Moïse ne fait qu’appliquer les usages en vigueur pour signifier une autre alliance, mais la grande nouveauté, c’est que cette alliance est conclue entre Dieu et ce petit peuple, le peuple hébreu.  

 

Et Jésus lui-même, dans l’évangile que nous venons d’entendre, perpétue un rituel instauré depuis Moïse, au cours du repas pascal. Mais Jésus, lui aussi, apporte une nouveauté inouïe, puisqu’il remplace le sacrifice de l’agneau par le don de sa propre vie. Le sacrifice pascal, c’est désormais le sacrifice de Jésus lui-même.

 

Attardons-nous un instant sur ce mot « sacrifice » qui peut peut-être heurter nos sensibilités. Ce mot a pris une connotation assez négative, dans une société qui évolue vers l’individualisme, et où la recherche du bien-être personnel est devenu incontournable, et donc où l’idée même de sacrifice peut paraître incongrue.

En réalité, le sacrifice, c’est ce qui rend sacré, c’est-à-dire ce qui sépare des choses ordinaires, du profane, pour en faire une offrande à Dieu.

 

C’est ce que fait Jésus en se plaçant lui-même en victime du sacrifice pascal : il donne sa vie et la tourne vers Dieu. Littéralement, il sacrifie sa vie à Dieu.

 

Le « sacrement » de l’Eucharistie est le signe qui rend visible à nos yeux cette réalité invisible qu’est le sacrifice de Jésus.

C’est le sens de ce que nous fêtons aujourd’hui : « le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ ».

 

Sacrifier sa vie à Dieu, c’est aussi ce que vivent les personnes que l’on dit « consacrées » : ils font de leur vie entière une offrande à Dieu. Mais pas par je ne sais quelle obligation, ni par plaisir, ni par masochisme : par amour, et pour le salut de l’humanité entière, comme Jésus lui-même. 

           Si ce mot sacrifice est souvent mal accepté, mal compris, c’est qu’il implique une démarche coûteuse : le sacrifice de soi.

 

Par contre, franchement, on est plus enclins au sacrifice des autres.

          Reconnaissons-le : notre temps est un temps violent. On s’entretue, on verse le sang des autres, tant dans les rues que dans des foyers où les mots ont perdu toute leur valeur. Alors on frappe, on tire, on brûle. Un chiffre : depuis janvier il y a eu dans notre pays 49 féminicides ; 49 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.

Aucun chrétien ne peut accepter cela. Aucun chrétien ne peut tolérer que le sacrifice de l’autre soit préféré au sacrifice de soi. Aimer, c’est préférer l’autre à soi. Ceux qui aiment vraiment le savent.

Avec quelle indifférence regardons-nous le presque milliard d’êtres humains qui meurent de faim ou qui souffrent du manque d’eau potable ? Plus proche de nous, comment sacrifions-nous, au profit du nôtre, le bonheur de certaines personnes, en les ignorant simplement parce que leur misère, leur handicap ou leur maladie ou leur origine nous mettent mal à l’aise ? Toute vie humaine, parce qu’elle est don de Dieu, à l’image de Dieu, est d’égale dignité, de son début à sa fin naturelle, sans oublier toute sa durée entre ses deux extrémités.

 

Aujourd’hui en cette fête du Saint Sacrement, nous célébrons Jésus qui offre son corps et son sang pour le salut du monde.

Si les victimes sont de plus en plus nombreuses dans nos sociétés partout dans le monde, le Christ, lui, offre sa vie. Librement.

On ne lui prend rien.

Sur la Croix il souffre et il s’offre pour nous parce qu’il nous aime ; c’est ainsi qu’il nous sauve. La lettre aux hébreux nous disait : « Le sang du Christ fait bien davantage (que le sang des boucs et des taureaux), car le Christ s’est offert lui-même à Dieu comme victime sans défaut ; son sang purifiera donc notre conscience des actes qui mènent à la mort. »

 

Le seul sacrifice qui soit digne, c’est le sacrifice par amour, c’est le sacrifice de soi pour les autres.

Le sacrifice suprême, c'est celui que nous revivons à chaque messe : c'est le sacrifice du Christ Jésus qui, par amour, donne sa vie, son corps et son sang, en sacrement pour toi, pour moi, pour chacun de nous et pour la multitude des humains.

 

                                                           Amen

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