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La Paroisse
HOMELIE DU 30ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE  C © "Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

| Jean-Marc Lavigne

HOMELIE DU 30ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE C

" Être juste " ?...

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Rien de plus normal que d’aller prier au Temple, pour ce pharisien, homme soucieux de religion et de perfection. 

Mais qu’il s’y trouve au même endroit en compagnie d’un publicain, cela semble moins évident pour lui : cela le gêne. 

Pour lui, le Temple n’est pas la maison des pécheurs publics. Comment voulez-vous prier en si mauvaise compagnie ? Cela lui gâche son plaisir et son recueillement. Du coup, il se gonfle d’orgueil…


         Cet homme dont parle Jésus n’a aucun complexe, ni pour se regarder, ni pour se comparer. « Il priait en lui-même » dit le texte. 

Et devant l’image de lui-même que lui renvoie son miroir intérieur, sa prière se fait narcissique : il fait le compte de ses œuvres, de ses pratiques scrupuleuses. 

Et il est fier de lui-même.

Devant le péché des autres il est méprisant, convaincu de sa perfection, et tout envahi par son obsession de dénoncer leurs infidélités et leurs faiblesses. 

Du coup, il en oublie de prier en écoutant Dieu, humble sous son regard. Au contraire, « il rend grâce de n’être pas comme les autres hommes : voleurs, injustes ou adultères, ou encore comme ce publicain… »

 

Comment Dieu pourrait-il entendre « l’action de grâce » de quelqu’un qui est obsédé par l’idée d’exclure, de juger, de condamner les autres ? L’action de grâce de ce pharisien est fausse. C’est à lui-même qu’il rend grâce. Il se glorifie et prend plaisir à condamner l’autre qui prie en même temps que lui, ce qui n’a rien à voir ni avec Dieu, ni avec la prière. 


         En effet, rendre grâce parce qu’on se croit pur de tout péché et qu’on méprise les pécheurs ne peut pas plaire à Dieu. 

         Il était fréquent aux temps anciens, dans le monde juif et aussi dans le monde grec – quel que soit le dieu à qui l’on s’adressait –, de se réjouir dans une prière, parce qu’on était né grec ou juif et non barbare ou païen, parce qu’on était né homme et non femme, savant et non ignorant, sage et rigoureux face à la loi et non insensé ou pécheur. 

         Jésus va dénoncer cette ségrégation civile ou religieuse. En lui, les différences, qui sont des barrières et des discriminations méprisantes sont abolies.

         Pour Jésus et en Jésus, la prière inverse cet ordre : on se réjouit d’être aimé de Dieu quoique païen, pécheur, publicain, et non d’être juste parce que de telle religion, ou parce que pratiquant rigoureux de telles prescriptions. 

         La nouveauté majeure de l’Evangile consiste dans le fait que Jésus proclame qu’il est venu pour les pécheurs et non pour les justes qui tirent leur justice d’une pratique légaliste. 

         Jésus s’est assis à la table des pécheurs. Il a appelé des publicains à le suivre. Il s’est laissé approcher et même toucher par des femmes pécheresses, et leur a pardonné. Il a exalté le berger qui va à la recherche et sauve un seul pécheur dont la conversion réjouit le cœur de Dieu.

         == La prière du publicain est à l’opposé de celle du pharisien.

         Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! »

         Le miroir du publicain ne lui renvoie pas une belle image de lui-même. Il sait qu’il est à la solde des romains envahisseurs et païens, et qu’il est avide de prélever des impôts et d’en garder pour lui... Il est conscient de son péché. Il sait qu’il ne peut rien exiger de Dieu. Il n’a pas à se vanter. Il peut seulement demander. Il compte sur Dieu et pas sur lui-même.

Il voudrait bien lever les yeux vers le ciel, mais n’ose même pas le faire, et il se frappe la poitrine. Pas d’obsession chez lui de condamner quiconque, mais une volonté d’être pris en pitié par Dieu. 

Et bien… c’est sa prière qui va traverser les nuées. 

          « C’est lui, qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé » : conclut la parabole.

         « Il était devenu juste » La notion de justice dans la Bible est à comprendre comme une justesse d’attitude et non une perfection morale. 

 

         Être juste ne consiste pas seulement à être sans reproche, sans péché, parfait en tout point, mais à se tenir « juste à sa place », avec ses limites, ses défauts, ses péchés. 

         Les justes dans la Bible ne sont pas forcément des héros mais des modestes. 

         Sont justes ceux qui savent « s’ajuster » de manière harmonieuse à Dieu et à leurs frères en s’en remettant à Dieu, l’unique et juste juge. 

         Sont justes ceux qui aiment et non ceux qui condamnent. 

                                                                     Amen

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